Mercure dans les poissons : lesquels éviter et lesquels garder au menu

Le poisson est bon pour la santé. C'est vrai, et les recommandations de l'ANSES le confirment : deux portions par semaine, sans exception. Le problème, c'est que certaines espèces concentrent du mercure à des niveaux qui posent un vrai problème, surtout pour les enfants et les femmes enceintes. Il ne s'agit pas de supprimer le poisson mais de savoir lesquels choisir.

Pourquoi le mercure dans le poisson est une question sérieuse

Le mercure est naturellement présent dans l'environnement, mais les activités industrielles ont multiplié sa concentration dans les océans au cours du 20e siècle. Une fois dans l'eau, il se transforme en méthylmercure, une forme organique que les organismes marins absorbent et stockent dans leurs tissus musculaires.

Le mécanisme qui rend cela problématique s'appelle la bioamplification. Chaque fois qu'un petit poisson en mange un autre, la concentration en mercure grimpe. Un thon ou un espadon, qui mange des centaines de poissons plus petits sur des décennies, peut concentrer des niveaux cent fois supérieurs à ceux des sardines ou des anchois.

Le méthylmercure traverse la barrière placentaire et la barrière hémato-encéphalique. À forte exposition, il affecte le système nerveux. Pour les adultes en bonne santé, l'organisme élimine une partie du mercure ingéré. Pour un fœtus ou un jeune enfant, les marges sont beaucoup plus étroites.

La dose hebdomadaire tolérable provisoire fixée par l'EFSA est de 1,3 microgramme de méthylmercure par kilogramme de poids corporel. Pour une femme enceinte de 60 kg, ça représente environ 78 µg par semaine. Un steak de thon rouge de 150 g peut en contenir entre 50 et 100 µg selon sa provenance. Les marges sont donc très faibles sur cette catégorie d'espèces.

Les espèces à éviter selon l'ANSES

L'ANSES publie depuis 2004 des recommandations sur la consommation de poisson. La liste des espèces à éviter est stable depuis plusieurs années et ne fait pas débat scientifiquement.

Espèce Recommandation Raison
Requin (aiguillat, émissole…) À éviter Prédateur longévif, concentration maximale
Espadon À éviter Parmi les teneurs les plus élevées mesurées en Europe
Marlin À éviter Grand prédateur, bioamplification importante
Lamproie À éviter Espèce parasite, accumulation élevée
Siki (petit requin vendu en poissonnerie) À éviter Souvent vendu sous des noms génériques, teneur élevée
Grande roussette À éviter Requin de fond fréquent dans la cuisine française
Thon rouge, thon blanc (germon) À limiter (1 fois/semaine max) Teneur variable selon l'âge et la provenance du poisson
Thon en boîte (listao, albacore) À limiter (2 fois/semaine max) Espèces plus petites, teneurs inférieures au thon rouge
Lotte (baudroie) À limiter (1 fois/semaine max) Poisson de fond, accumulation modérée
Saumon (élevage ou Pacifique) Sans restriction particulière Teneur en mercure faible, riche en oméga-3
Sardine, maquereau, hareng Sans restriction particulière Poissons gras en bas de chaîne alimentaire
Cabillaud, merlu, sole, daurade Sans restriction particulière Poissons maigres, faible bioaccumulation
Truite (élevage) Sans restriction particulière Alimentation contrôlée en élevage, teneurs très basses

Recommandations spécifiques selon les profils

Femmes enceintes et allaitantes

Les recommandations sont les plus strictes pour cette catégorie. L'ANSES déconseille tous les poissons de la liste "à éviter", limite le thon à une fois par semaine, et recommande de privilegier le saumon, les sardines et les poissons maigres de fond. Le développement neurologique du fœtus est très sensible au méthylmercure pendant les premiers mois de grossesse, et l'exposition alimentaire de la mère se transmet directement.

Enfants de moins de 3 ans

Même liste de restrictions que pour les femmes enceintes. Une portion de poisson gras peu contaminé par semaine suffit à couvrir les besoins en oméga-3. La sardine en boîte, bien tolérée gustativement par les jeunes enfants, est une option simple et bien positionnée sur ce critère.

Enfants de 3 à 10 ans

Les restrictions restent mais les fréquences tolérées sont un peu plus larges. L'ANSES recommande de ne pas dépasser deux repas de thon par semaine, d'éviter les espèces de la liste rouge, et d'alterner systématiquement poisson gras et poisson maigre sur la semaine.

Adultes sans facteur de risque particulier

Le risque est moins critique mais pas nul. La consommation régulière de thon rouge plusieurs fois par semaine sur des années peut faire monter l'exposition au-dessus des seuils tolérables. Alterner les espèces reste la meilleure protection sur le long terme.

Un problème d'étiquetage à connaître

En France, certains poissons de la liste rouge sont vendus sous des appellations qui ne rendent pas le risque évident. Le "saumonette" vendu en poissonnerie est souvent de la petite roussette, un requin de fond avec des teneurs en mercure modérées à élevées. Le "veau de mer" peut désigner plusieurs espèces, dont certaines sont des requins. Le siki est parfois proposé comme une alternative bon marché sans que le consommateur réalise qu'il s'agit d'un squale.

En cas de doute, demander l'espèce exacte au poissonnier reste le réflexe le plus fiable. Depuis 2014, l'étiquetage en poissonnerie doit indiquer le nom commercial et le nom scientifique pour les espèces sauvages. Ce n'est pas toujours respecté, mais vous êtes en droit de le demander.

Le bio ne change rien au mercure. Un saumon bio et un saumon d'élevage conventionnel ont des teneurs comparables, parce que le mercure vient de l'environnement marin, pas de l'alimentation des poissons. Ce qui compte, c'est l'espèce et sa place dans la chaîne alimentaire, pas le mode d'élevage.

Ce que ça change concrètement au quotidien

En pratique, les ajustements sont assez simples. Remplacer l'espadon par du cabillaud sur le grill, ou la lotte par du merlu, ne change pas grand-chose à la cuisine mais fait une vraie différence sur l'exposition. Le thon en boîte, très présent dans les sandwichs et les salades du quotidien, mérite d'être alterné avec du saumon ou du maquereau fumé.

Pour les repas de famille avec des enfants, les sardines grillées, le saumon au four et la truite meunière sont des valeurs sûres à la fois sur les teneurs en mercure et sur les apports en oméga-3. Ce sont aussi généralement les options les moins chères par rapport au thon rouge ou à l'espadon.

Sur On mange quoi ?, les espèces à risque élevé n'apparaissent pas dans les menus générés. Les poissons proposés sont choisis parmi les espèces recommandées par l'ANSES, avec alternance systématique gras/maigre sur la semaine et fréquences adaptées aux profils familiaux.

Un menu qui choisit les bons poissons pour vous

Basé sur les recommandations ANSES/EFSA. Gratuit.

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